What shall we do with age?

What shall we do with age?
Put it all behind us and celebrate
the living breath before the dust settles
Today the cool winter sky is resplendent
a pale blue strewn with thin cloud
through which the sunlight filters
with a warm glow  I have a full view
of the inveterate river and of the ferries
that ply back and forth  I have a mind
and a heart full of memories – moments
of happiness from throughout my life
I played here as a child and now
in my advancing years I stroll down
to the water and watch the gulls
cavorting in the air or pecking
at the mudflats at low tide to retrieve
their food for the day The world will
not be perfected in my lifetime but
there has been progress – not enough
but there will be more in good time

John Lyons


Que faire de l’âge ?

Que faire de l’âge ?  Le laisser derrière
nous et célébrer la vie avant que la poussière
ne retombe. Aujourd’hui, le ciel frais d’hiver
resplendit d’un bleu pâle parsemé de fins nuages ​​
à travers lesquels la lumière du soleil filtre
d’une douce lueur. J’ai une vue imprenable
sur le fleuve invétéré et les ferries
qui font la navette. Mon esprit et mon cœur
sont remplis de souvenirs, de moments
de bonheur qui ont jalonné ma vie.
J’ai joué ici enfant et maintenant, à présent,
je descends jusqu’à l’eau et observe
les mouettes s’ébattre dans les airs
ou picorer la vase à marée basse
pour se nourrir. Le monde ne sera pas
parfait de mon vivant, mais des progrès
ont été accomplis – insuffisants, certes,
mais il y en aura d’autres en temps voulu

Golden leaves

Golden leaves embellished
by the sunlight that killed them
Winter has a beauty all of its own
A single heron standing proud
on the edge of the mudflats
contemplates the smooth silent
flow of the river

The natural world is always
so gentle on the eye
The mature trees locked
into their given shapes
and age is an irrelevance
Nothing changes
Nothing lasts forever
Nothing is ever the same

John Lyons


Feuilles dorées

Des feuilles dorées, embellies
par le soleil qui les a tuées.
L’hiver a une beauté singulière.
Un héron solitaire, fier, se dresse
au bord de la vasière et contemple
le cours paisible et silencieux
de la rivière.

La nature est toujours
si douce pour le regard.
Les arbres matures, figés
dans leurs formes originelles,
l’âge n’a plus d’importance.
Rien ne change.
Rien ne dure éternellement.
Rien n’est jamais pareil.

The dead are always with us

The mystery of light and darkness
of time and eternity : all things that
constitute an antithesis
War and peace  Love and hatred
Poverty and wealth   Matter and
anti-matter  The list is endless
The dark voice of winter
heard as it moves through the trees
Bird silence as the wind ruffles
their feathers  What lies beyond
the imaginable stars?  Why are
our dreams immeasurable?
Why is enough never enough?

Anglers on the blue pier cast
their baited lines  They live
in permanent anticipation  Hope
against hope Never once have
I seen a fish pulled from the
murky waters  Today a grey mist
has descended  It shrouds
the illusion of reality  The dead
are always with us somewhere

John Lyons


Les morts sont toujours avec nous

Le mystère de la lumière et des ténèbres,
du temps et de l’éternité : tant de choses
qui constituent une antithèse.
Guerre et paix, amour et haine,
pauvreté et richesse, matière et antimatière…
La liste est infinie. La voix sombre de l’hiver
se fait entendre lorsqu’elle traverse les arbres.
Le silence des oiseaux, tandis que le vent
ébouriffe leurs plumes. Qu’y a-t-il au-delà
des étoiles imaginables ? Pourquoi nos rêves
sont-ils incommensurables ? Pourquoi
en avoir assez n’est jamais assez ?

Des pêcheurs sur la jetée bleue
lancent leurs lignes appâtées.
Ils vivent dans une anticipation
permanente, espoir contre espoir.
Jamais je n’ai vu un poisson sorti
de ces eaux troubles. Aujourd’hui,
un brouillard gris est descendu.
Il enveloppe l’illusion de la réalité.
Les morts sont toujours avec nous,
quelque part.

Keeper of the keys to paradise

Pale pink plumage
a black tail and white rump
the jay has a pale crown
with black streaks and black
facial markings  Its wings
are black and white
with a panel of distinctive
electric-blue feathers
I see it from time to time
resting in the sycamore
just beyond my window
I know it feeds on acorns
and has a cache of them
somewhere close by
It knows nothing
of the disarray
in our world order
nothing of the injustices
meted out by man to man
It lives in perfect harmony
This garrulous bird is keeper
of the keys to paradise

John Lyons


Gardien des clés du paradis

Plumage rose pâle,
queue noire et croupion blanc,
le geai a une calotte pâle
striée de noir et des marques
faciales noires. Ses ailes sont
noires et blanches avec un panneau
de plumes bleu électrique distinctives.
Je le vois de temps en temps
se reposer dans le sycomore juste
au-delà de ma fenêtre. Je sais
qu’il se nourrit de glands
et qu’il en a une réserve quelque part
à proximité. Il ne connaît rien
du désordre  de notre monde,
rien des injustices infligées
par l’homme à l’homme.
Il vit en parfaite harmonie.
Cet oiseau bavard est le gardien
des clés du paradis.

Who before dying?

Who before dying would not
wish for eternal life
would not hunger and thirst
for continued experience
would not wish to repair
the damage done or
the opportunities lost
or savour once again
those moments of passion
that so thrilled the body and
moved the soul to ecstasy
Who before dying would not
wish to explore fresh pastures
renew old acquaintances and
strike up fresh friendships with
a thousand unknown faces
Who before dying would not
wish to see an end to all wars
and the burial of all enmity
in which peace and justice
envelope the entire world
with a proud and enduring
mantle of love Who indeed?

John Lyons


Qui, avant de mourir?

Qui, avant de mourir,
ne souhaiterait pas la vie éternelle,
n’aurait pas faim et soif de nouvelles
expériences, ne désirerait pas
réparer les dégâts causés
ou les occasions manquées,
ou savourer à nouveau
ces moments de passion qui
ont tant fait vibrer le corps
et transporté l’âme en extase ?
Qui, avant de mourir,
ne souhaiterait pas explorer
de nouveaux horizons, renouer
de vieilles connaissances et nouer
de nouvelles amitiés avec mille inconnus ?
Qui, avant de mourir,
ne souhaiterait pas voir la fin
de toutes les guerres et l’enterrement
de toute inimitié, et que la paix
et la justice enveloppent le monde
entier d’un manteau d’amour
fier et durable ? Qui donc ?

I write with loose bones

I write with loose bones
bones that have served me
a lifetime but which with age
have grown loose and sometimes
unpredictable  Out on the street
I’ve been known to stumble
to lose my footing or to suffer
a brief episode of vertigo
Darkness has descended
and I can no longer see the river
The space around me is filled
with silence with stillness
And so I retreat into my thoughts
into my memories of people
and places and moments
of happiness moments of love
I write with loose bones
and muscles that have grown
slack  But I still write with purpose
charting the dreams I have lived
and the dreams that have gone
awry – my season in heaven
and my season in hell
Regrets? I’ve had a few
Who hasn’t? I can still recall
the sound of her voice
even as it faded in the distance
What I lost with her departure
can never be regained
So I write with loose bones
Nothing ever changes
Nothing is ever the same

John Lyons


J’écris avec des os desserrés

J’écris avec des os desserrés,
des os qui m’ont servi toute une vie,
mais qui, avec l’âge, se sont désolidarisés
et sont parfois imprévisibles.
Dans la rue, il m’arrive de trébucher,
de perdre l’équilibre ou d’être pris
d’un bref vertige. L’obscurité est tombée
et je ne vois plus la rivière. L’espace
autour de moi est empli de silence,
d’immobilité. Alors je me réfugie
dans mes pensées, dans mes souvenirs
de personnes, de lieux et de moments
de bonheur, de moments d’amour.
J’écris avec des os desserrés et
des muscles relâchés, mais j’écris toujours
avec détermination, retraçant les rêves
que j’ai vécus et ceux qui ont déraillé,
ma saison au paradis et ma saison en enfer.
Des regrets ? J’en ai eu quelques-uns.
Qui n’en a pas ? Je me souviens encore
du son de sa voix, même lorsqu’elle
s’estompait au loin. Ce que j’ai perdu
avec son départ ne pourra jamais
être retrouvé. Alors j’écris avec des os
desserrés. Rien ne change jamais.
Rien n’est jamais pareil.

You who in winter sit

You who in winter sit behind frosted panes 
your breath vanishing before your eyes
observe that the moon is no longer beneath your feet
but high in the dark empty sky

You who in winter sit sat upon the sadness of your dreams
or the loss of your love, observe the sun rising in the east
shedding its warm light across the cold day

You who in winter sit waiting for life to appear
recognise that it is never anywhere other than within
your heart and yours to administer like the loyal and
faithful servant tasked with spreading the good news

John Lyons


Vous qui, en hiver, restez assis

Vous qui, en hiver, restez assis derrière des vitre
givrées, le souffle s’évanouissant sous vos yeux,
observez que la lune n’est plus à vos pieds, mais
haut dans le ciel sombre et vide.

Vous qui, en hiver, restez assis, accablé par la
tristesse de vos rêves ou la perte de votre amour,
observez le soleil se lever à l’est, répandant sa
chaude lumière sur le froid du jour.

Vous qui, en hiver, attendez que la vie se manifeste,
reconnaissez qu’elle ne se trouve jamais ailleurs que
dans votre cœur et qu’il vous appartient de la faire
fructifier, tel un serviteur loyal et fidèle chargé de
répandre la bonne nouvelle.

A winter’s day at Erith

The wooden jetty that gently slopes
into the river at Erith is covered
with the rising tide – uncovered
when the tide recedes

Midstream a black iron barge with
two cormorants perched on its prow
A cold blue winter’s day with sunlight
dappling the water’s silvery surface

They say that at last the salmon
have returned to spawn upriver
now that levels of pollution have dropped
Down by the deep wharf the remains

of stone age settlements have been found
reminding us of times before there was ever
a remembered past and life drifted on
at a leisurely pace and little ever changed

John Lyons


Un jour d’hiver à Erith

La jetée en bois qui descend en pente douce
vers la rivière à Erith est recouverte
par la marée montante, puis découverte
à marée descendante.

Au milieu du courant, une barge en fer noir
arbore deux cormorans perchés sur sa proue.

Une journée froide d’hiver, d’un bleu profond,
où le soleil fait scintiller la surface argentée de l’eau.

On dit qu’enfin, les saumons sont revenus
frayer en amont, maintenant que la pollution
a diminué. Près du quai profond,
des vestiges d’habitations

de l’âge de pierre ont été découverts, témoins
d’une époque antérieure à tout souvenir,
où la vie s’écoulait paisiblement
et où peu de choses changeaient.

Robert Desnos – Never anyone but you

Never anyone but you, despite the stars and the loneliness
Despite nightfall’s mutilated trees
Never anyone but you will continue on the path that’s mine
The further you go, the longer your shadow grows
Never anyone but you will salute the sea at dawn
when, weary of wandering, out from the dark forests
and the nettle thickets and I’ll walk towards the foam
Never anyone but you will lay her hand on my brow and on my eyes
Never anyone but you, and I reject lies and infidelity
This anchored ship, you can sever its mooring
Never anyone but you
The caged eagle slowly gnaws at the corroded copper bars
What an escape!
It’s Sunday, signalled by the song of nightingales in the tender green woods,
the boredom of little girls in the presence of a cage where a canary flits around,
while in the lonely street,
the sun slowly cast its thin lines across the warm pavement.
We will cross other lines,
Never, never anyone but you,
And me alone, alone, alone like the withered ivy in suburban gardens, like glass alone,
And you, never anyone but you.

Robert Desnos

translation by John Lyons


Jamais d’autre que toi

Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
En dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit
Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit
Jamais d’autre que toi ne saluera la mer à l’aube quand fatigué d’errer moi sorti des forêts ténébreuses et des buissons d’orties je marcherai vers l’écume
Jamais d’autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux
Jamais d’autre que toi et je nie le mensonge et l’infidélité
Ce navire à l’ancre tu peux couper sa corde
Jamais d’autre que toi
L’aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion !
C’est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois
vert tendre l’ennui des petites filles en présence d’une cage où s’agite un serin, tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d’autres lignes
Jamais jamais d’autre que toi
Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue seul comme le verre
Et toi jamais d’autre que toi.

The bare truth

The bare truth
of naked winter trees
Nothing lasts forever
Nothing is ever lost

The leaves will return
in the springtime
blossom followed by
all kinds of fruit

Just as the river runs
so the seasons
take their turn
Nothing changes
Nothing is ever
the same

John Lyons


La vérité nue

La vérité nue
des arbres d’hiver nus :
rien ne dure éternellement,
rien ne se perd jamais.

Les feuilles reviendront
au printemps,
suivies des fleurs et
de toutes sortes de fruits.

Tout comme la rivière coule,
les saisons se succèdent.
Rien ne change,
rien n’est jamais pareil.