Cézanne – six shades of blue

In the come and go of the shifting seasons
nothing ever changes nothing is ever the same
A bluebird in the bushes beneath the sycamore
Magpies with their bolder ambitions : eternal
bloom and decay The flower that fruits
and apples beyond their time rotting on
the bare branches : the trivial tropes that reveal
the most universal of truths The memorabilia
of poetry that records our necessary passage
with all thoughts of accomplishment reduced
to ash What they called the music of the spheres
is mere bravado Leaves are destroyed by
the rotting winter rains  Hamlet’s skull lies
in the dust in Denmark. Romeo and Juliet
consigned to legend Angels ride the empty
hemisphere scouting for souls that might
one day be saved Cézanne employed at least
sixteen innovative shades of blue to define
how depth and atmosphere and structure
operate on the canvas His overarching subject
was heaven and its infinite terrestrial realms

John Lyons


Cézanne – Seize nuances de bleu

Dans le va-et-vient des saisons changeantes
rien ne change jamais, rien n’est jamais pareil.
Un merlebleu dans les buissons sous le sycomore,
des pies aux ambitions illimitées : éternels
floraison et déclin. La fleur qui fructifie et les pommes
bien au-delà de leur temps qui pourrissent sur
les branches nues : les tropes triviaux qui révèlent
les vérités les plus universelles. Les bribes mémorielles
de la poésie qui enregistrent notre passage nécessaire
avec toutes les pensées d’accomplissement réduites
en cendres. Ce qu’ils appelaient la musique des sphères
n’est que bravade. Les feuilles sont détruites par
les pluies hivernales putrides. Le crâne d’Hamlet gît
dans la poussière au Danemark, Roméo et Juliette
relégués à la légende. Des anges parcourent l’hémisphère
vide à la recherche d’âmes qui pourraient
un jour être sauvées. Cézanne employa au moins
seize nouvelles nuances de bleu pour définir
comment la profondeur et l’atmosphère et la structure
opèrent sur la toile. Son sujet suprême
était le ciel et ses infinis royaumes terrestres.

My lover’s arms

Navigate the wayward sea
beneath the shifting stars
Pleasures come and go
and the eye observes it all
and the heart that so often
appears to be beyond redemption
Who are we in our nakedness
before the passing light
arrayed in all simplicity

Stripped of the dependencies
of the day and bound for
glory or obliteration, in the
vehemence of the midnight hour
who is there to comfort us
and what words will set
the world to rights – what
poetry will be our saving grace?
Love cuts us all down to size
and throws the truth in our face
The melon-flower is the prelude
to delight on the tongue
My lover’s arms are my cradle

John Lyons


Les bras de mon amour sont mon berceau

Naviguer sur la mer capricieuse
sous les étoiles mouvantes.
Les plaisirs vont et viennent, et l’œil observe
tout, ainsi que le cœur qui semble
si souvent irrémédiablement perdu.
Qui sommes-nous dans notre nudité,
devant la lumière vacillante,
parés de toute simplicité ?

Dépouillés des contraintes
du jour et voués à la gloire ou
à l’anéantissement, dans la véhémence
de l’heure de minuit, qui est là pour nous réconforter
et quels mots remettront le monde en ordre ?
Quelle poésie sera notre salut ? L’amour
nous ramène tous à notre juste place
et nous jette la vérité au visage.
La fleur de melon est le prélude
au délice sur la langue.
Les bras
de mon amour sont mon berceau.

The Inner Voice

Night the colour of a woman’s arm
reaching out to me in the darkness
the soft supple hand stroking my face
The words whispered in my ear
a pool of desire welling up in her eyes
and still the river runs down to the sea
and the gibbous moon drifts gently
in the imagination — but by dawn
it will be gone when the horizon
emerges and the sycamores stand
proudly defiant of the cold eastern wind
and daylight repels the blistered stars
Old poets never die – they live as long
as love and love lives forever in the dream

John Lyons


La voix intérieure

Nuit couleur de bras de femme
tendu vers moi dans l’obscurité,
la main douce et souple caressant
mon visage. Les mots murmurés
à mon oreille, un bassin de désir
qui sourd dans ses yeux. Et pourtant
le fleuve coule vers la mer et la lune
gibbeuse dérive doucement
dans l’imagination — mais à l’aurore
tout aura disparu quand l’horizon surgira,
quand les sycomores se dresseront, fiers,
défiant le froid vent d’est, et la lumière du jour
repoussera les étoiles calcinées.
Les vieux poètes  ne meurent jamais
— ils vivent aussi longtemps que l’amour,
et l’amour vit éternellement dans le rêve.

The outer voice

The outer voice that speaks
of the never-ending river that runs
between the mountainous folds
of ancient earth That voice prone
to the articulation of pain and joy
which celebrates the warm summer
air as well as the bite of frost
when temperatures dip

The outer voice absorbed
in the senses and that clings
to past foundations laid
in heaps of high memory

The outer voice that strives
to outdo the grinding water
and the gasping wind knowing
that the syllables of love
are as soft as the whisper
of a barbastelle bat

John Lyons


La voix extérieure

La voix extérieure, celle qui parle
du fleuve sans fin qui coule entre
les replis montagneux de la terre
ancestrale. Cette voix prompte à
exprimer la douleur et la joie,
qui célèbre la chaleur de l’été
autant que la morsure du gel
lorsque les températures chutent.

La voix extérieure, absorbée par
les sens, qui s’accroche aux fondations
du passé, bâties en amas
de souvenirs précieux.

La voix extérieure qui s’efforce
de surpasser le grondement
de l’eau et le souffle du vent,
sachant que les syllabes
de l’amour sont aussi douces
que le murmure d’une barbastelle.

Unrepentant love

The green going of the year
of faded gardens and falling
fruit That night I heard the owl
from within the woodlands
sounding its own solitude
in the deep darkness

Poems are made of sounds
that ring true in the silence
of our hearts and minds
How once I pronounced
her name with pride and
made of her beauty
a solemn sacrament of praise

How I longed to feel her breath
on my cheek her lips on
my lips : the winter cowl
wrapped around her neck
when we strolled alongside
the icy river and celebrated
the triumph of unrepentant love

John Lyons


Amour impénitent

Le vert départ de l’année
des jardins fanés et des fruits
qui tombent Cette nuit-là,
j’ai entendu le hibou
depuis le cœur des bois
chanter sa propre solitude
dans l’obscurité profonde

Les poèmes sont faits de sons
qui résonnent juste dans le silence
de nos cœurs et de nos esprits
Comme autrefois je prononçais
son nom avec fierté, faisant
de sa beauté un sincère
sacrement de louange

Comme j’ai désiré sentir son souffle
sur ma joue, ses lèvres sur
mes lèvres, le capuchon de l’hiver
enroulé autour de son cou
quand nous marchions le long
du fleuve glacé, célébrant
le triomphe de l’amour impénitent

Sunday sequence

The squeal of seagulls
circling above the houses
observing how the other half live
spying upon the tidy backyards
the gardens in disarray

Warm glow of sunshine
on the bushes and fences
bare trees scarcely stirred
in the early morning breeze

Much to be thankful for
in this land of plenty
in which there is time
to savour the peace
and make the most
of the love in our lives

John Lyons


Séquence dominicale

Le cri des mouettes
qui tournoient au-dessus des maisons
observant comment vit l’autre moitié
espionnant les cours bien rangées
les jardins en désordre

Lueur chaude du soleil
sur les buissons et les clôtures
les arbres nus à peine agités
par la brise matinale

Tant de raisons d’être reconnaissant
en cette terre d’abondance
où l’on a le temps
de savourer la paix
et de profiter pleinement
de l’amour dans nos vies

Other waters other times

Once in a while
all’s well with the world
Things fall into place
and the time is ripe
and nobody notices
the passing hours
Here a bridge across
the Seine where
on a summer’s day
we paused and held
each other in a gentle
embrace

Once in a while
not much further to go
before nightfall –
contentment the order
of the day : we’re pleased
with ourselves and what
we have achieved
the pleasures we’ve taken
the long and the short of it
Not a chance missed
and love as endless
as a piece of string

John Lyons


Autres eaux, autres temps

De temps en temps
tout va bien dans le monde
Les choses se mettent en place
et le moment est venu
et personne ne remarque
les heures qui passent
Ici, un pont en travers
de la Seine où,
par un jour d’été, nous nous
sommes arrêtés et serrés
l’un contre l’autre dans
une douce étreinte

De temps en temps
peu de chemin
avant que la nuit tombe :
le contentement est à l’ordre
du jour. Nous sommes contents
de nous-mêmes et de ce que
nous avons accompli,
des plaisirs que nous avons pris.
Pour tout dire, pas une chance
de manquée, et l’amour aussi infini
qu’un bout de ficelle.

The price to pay

All things change but the will to change
Days come and go – nights too
Days for work and nights for repose
Love knows no hour It does not leave
with the birds in winter nor arrive
like swallows on a summer’s day
Wrack and ruin is not the consequence
of a bad life : it is the life process
that brings us crashing down
in slow motion Only death is set
in stone  Lips I have known
and the sigh of remembrance
is inescapable  The river that runs
and the glow of sunshine
on the far bank  Where I wonder
are these ships sailing and who
sails within them and what is
the state of their lives  Not one
death but many – air  earth  wind
and fire and all the simplicities
that attach us to our berth
There must be some connection
The mirror tells you the very thing
you are and what dreams will be
your destiny  I have a failing appetite
for dry blood  There’s darkness
behind her smile and betrayal
in her heart – but there is always
a price to pay sooner or later

John Lyons


Le prix à payer

Tout change, sauf la volonté de changer
Les jours vont et viennent — les nuits aussi
Jours de labeur et nuits de repos
L’amour ne connaît pas d’heure Il ne fuit pas
avec les oiseaux l’hiver ni n’arrive
comme l’hirondelle aux jours d’été
Naufrage et ruine ne sont pas l’effet
d’une mauvaise vie : c’est le cours même
de la vie qui nous fracasse
au ralenti    Seule la mort est gravée
dans la pierre    Lèvres connues
et le soupir du souvenir
est inéluctable La rivière qui coule
et l’éclat du soleil sur la rive lointaine
Où, je me demande, voguent ces navires,
et qui navigue en eux et quel est
l’état de leur vie   Pas une seule
mort mais plusieurs — air, terre, vent
et feu — et toutes les simplicités
qui nous amarrent à notre bord
Il doit y avoir un lien
Le miroir te dit ce que tu es
et quels rêves seront ton destin  
Mon appétit pour le sang séché
décline De l’ombre s’exhale derrière
son sourire et de la trahison
dans son cœur — mais il y a toujours
un prix à payer, tôt ou tard

Lines stolen from Alexander Pope

The green forests of Windsor rise,
A peaceful Eden under British skies.
Where fields and groves together stand,
Blessing the rulers of this happy land.
Here hills and valleys blend and meet,
Making the wild landscape complete.
Not crushed in chaos, dark and blind,
But harmoniously confused, designed.
We see an order in the wild degree:
Though all things differ, all agree.
Here waving grain turns fields to gold,
There purple hills and woods unfold.
The hunter chases the fleeting deer,
While crystal streams run bright and clear.
The quiet shades offer sweet release,
A perfect home for art and peace.

John Lyons


Vers dérobés à Alexander Pope

De Windsor la forêt élève sa verdure,
Un Éden de la paix sous une ombre plus pure.
Où les champs et les bois s’unissant en chemin,
Bénissent les destins de ce peuple souverain.
Ici monts et vallons doucement se répondent,
Dans un ordre parfait où les lignes se fondent.
Nul chaos ténébreux, emporté par l’orage,
Une douce harmonie éclaire le paysage.
On voit dans ce chaos un ordre accompli :
Si tout semble divers, tout s’accorde et s’unit.
Ici les blés dorés parent le blond domaine,
Là, les sommets d’azur s’effacent dans la plaine.
Le chasseur y poursuit le cerf aux abois,
Tandis que l’onde pure éclate au fond des bois.
L’ombre calme propose un refuge à l’esprit,
Vrai havre de la paix où l’art enfin fleurit. 

The virtue of patience

We have yet to feel the winter crispness
of a frosty morning when our breath
moves in a cloud before us as we walk
Seeds on the sycamore have come
spinning down to earth and the dry
rusty leaves will soon follow
The bluebirds still return every day
I watch them from my window

And in the distance the grey river
edges its way out to sea
I know that in the great wide world
unknown to me there is someone
deeply in love with me who is yet
to make her approach – I can wait
I have waited a lifetime : I just hope
the wait has been worth it – that’s all

John Lyons


La vertu de la patience

Nous n’avons pas encore ressenti
la fraîcheur hivernale d’un matin givré,
quand notre souffle forme un nuage
devant nous tandis que nous marchons.
Les graines du sycomore tourbillonnent
et tombent au sol, et les feuilles sèches
et rouillées suivront bientôt.
Les merlesbleus reviennent chaque jour.
Je les observe de ma fenêtre.

Et au loin, le fleuve gris se jette dans la mer.
Je sais que dans ce vaste monde – inconnu
de moi – il y a quelqu’un de fou d’amour pour moi
qui n’a pas encore fait son apparition.
Je peux attendre. J’ai attendu toute une vie :
j’espère seulement que l’attente
en aura valu la peine. C’est tout.