Before the war

On a bitterly cold day
snow falling
on the dark streets
he had a taste
for something warmer
a snug bar serving oysters
with white wine
and a little bread

and as they ate and drank
from time to time
she leaned into him
her warm cheek against
his warm cheek
and he could feel
the beat of her heart
This was before the war

John Lyons


Avant la guerre

Par une journée glaciale
où la neige tombait
sur les rues sombres,
il a eu envie de quelque chose
de plus chaud : un bar chaleureux
où l’on servait des huîtres
avec du vin blanc
et un peu de pain.

Et tandis qu’ils mangeaient
et buvaient, de temps à autre,
elle se penchait vers lui,
sa joue chaude contre la sienne,
et il sentait les battements
de son cœur.
C’était avant la guerre.

The speechless voice of love

The speechless voice of love
that lurks under the silence
under the sun and moon and stars
that comes in the spring
and never fades away :
more constant than the river
that finds its way to the sea
only to return to the source
of life and journey once again

You who lived by water
who carried warmth and light
in your veins and who danced
to all the secret unsung songs
that played endlessly
in your ancestral heart
You who never left the land
you left recall it all to this day

John Lyons


La voix sans parole de l’amour

La voix sans parole de l’amour
qui se tapit sous le silence,
sous le soleil, la lune et les étoiles,
qui arrive au printemps
et ne s’éteint jamais : plus constante
que le fleuve qui trouve son chemin
vers la mer, pour ensuite retourner
à la source de la vie et
recommencer son voyage.

Toi qui vivais au bord de l’eau,
qui portais la chaleur et la lumière
dans tes veines et qui dansais
au son de tous les chants
secrets et inédits qui résonnaient
sans cesse dans ton cœur ancestral,
toi qui n’as jamais quitté la terre
jadis quittée, te rappelles de tout
jusqu’au jour le jour d’aujourd’hui. 

 

Life is indelible

Of all the words that matter
the ones that matter most
are the words we exchanged
on the day that we first met
A flurry of innocent words
beguiling and yet enquiring
getting-to-know-you words
full of promise full of desire
and a wanting never ever
to have to want again

On that day the world moved
at a tremendous pace
I could see it in your eyes
I could feel it in my heart
Nothing would ever be
the same again  Nothing
would ever ever change
Love reduced to the very
simplest of equations
Just as the robin never
alters its song or the magpie
never manages to master
a tune Life is indelible and
lovers never hold their breath
and art conquers absolutely all

John Lyons


La vie est indélébile

De tous les mots qui comptent,
ceux que nous avons échangés
le jour de notre première rencontre
comptent le plus. Un flot de mots
innocents, séduisants et pourtant
curieux, des mots pour apprendre
à se connaître, pleins de promesses,
de désir, et de l’envie de ne plus
jamais rien d’autre désirer.

Ce jour-là, le monde a filé
à une vitesse folle. Je le voyais
dans tes yeux, je le sentais
dans mon cœur. Rien ne serait
plus jamais pareil. Rien ne changerait
jamais. L’amour réduit à sa plus simple
équation. Tout comme le rouge-gorge
ne change jamais son chant,
ni la pie ne parvient jamais
à maîtriser une mélodie, la vie 
est indélébile, les amoureux
ne retiennent jamais leur souffle
et l’art triomphe absolument de tout.

The botany of beauty

Perennial Honesty : a popular cottage
garden plant famous for its fragrant
spring flowers and for its translucent
silver-dollar-shaped seed pods
It thrives in sunshine or partial shade
in moist well-drained soil

A true perennial — it provides early nectar
and is food for the caterpillars
of the orange-tipped butterfly
Linnaeus so well understood
the botany of beauty that penetrates
every aspect of our lives and never
betrays our love or our trust

John Lyons


La botanique de la beauté

La lunaire vivace : une plante populaire
des jardins de campagne, célèbre
pour ses fleurs printanières parfumées
et ses capsules de graines translucides
en forme de pièce d’argent. Elle prospère
au soleil ou à mi-ombre, dans un sol
humide et bien drainé.

Véritable vivace, elle offre un nectar
précoce et nourrit les chenilles
du papillon à pointe orange.
Linné comprenait si bien la botanique
de la beauté qui imprègne chaque aspect
de nos vies et ne trahit jamais
notre amour ni notre confiance.

Once upon a time. . .

The living tongue
and a single mind
Words that grow
out of words
Feelings that grow
out of feelings

Remember at dawn
on a Sunday : the crest
of passion : limbs locked
mouth pinned to mouth
in a transport of delight

Such sweet sorrow
when we parted
and no solace since
Pretty is a poor relation
The hands have their language
they beckon and they
shoo away Nothing lasts
forever though art and poetry
make a valiant attempt

The peacock is immortal
the hen lays golden eggs
Once upon a time is
not the end of the story

John Lyons


Il était une foi. . .

La langue vivante
et un esprit déterminé,
des mots qui naissent des mots,
des sentiments qui naissent
des sentiments. Souviens-toi,
à l’aube d’un dimanche : l’apogée
de la passion : les membres enlacés,
bouche contre bouche,
transportés de délice.

Une si douce tristesse
lors de notre séparation,
et aucun réconfort depuis.
La joliesse est une pauvre parente.
Les mains ont leur langage,
elles appellent et elles repoussent.
Rien ne dure éternellement,
même si l’art et la poésie
font une vaillante tentative.

Le paon est immortel,
la paonne pond des œufs d’or.
« Il était une fois » n’est pas
la fin de l’histoire.

The intimacy of eyes

The intimacy of eyes
worth more than gold
more than the brightest diamond
the intimacy of eyes we shared
when first we fell in love

My craft is to put your beauty
into words but I fail on every occasion
How to capture the gentle breath
on your lips or the subtle beat
of your heart  I worship you
at Apollo’s altar and bring flowers
to lay at your feet  But it is
never enough Had I the song
of a robin or a nightingale
I would sing for you every day

In Berlin snow fell on the linden
trees and we held hands
in the darkness in the silence
beneath a canopy of stars

John Lyons


L’intimité des yeux

L’intimité de nos regards, plus
précieuse que l’or, plus précieuse
que le plus brillant des diamants,
l’intimité de nos regards échangés
lorsque nous sommes tombés amoureux.

Mon art est de traduire ta beauté
en mots, mais j’échoue à chaque fois.
Comment capturer le souffle léger
sur tes lèvres ou le battement subtil
de ton cœur ? Je te vénère sur l’autel
d’Apollon et j’apporte des fleurs à tes pieds,
mais ce n’est jamais assez. Si j’avais le chant
d’un rouge-gorge ou d’un rossignol,
je chanterais pour toi chaque jour.

À Berlin, la neige tombait sur les tilleuls
et nous nous tenions la main
dans l’obscurité, dans le silence,
sous une voûte étoilée.

John Lyons

The merry-go-round

Fresh shafts of daffodil
and crocus : new life emerging
through the old common ground
Nature tells us that there is
no end to life The merry-go-round
of the seasons and absolute
eternal return  Paradise is breath
while we still have it  We sing
and dance with orange blossom
in the hair of our brides
All is motion : a going to
a coming from  The earth turns
and in turn the mimosa bursts
into flower Fragrant clusters
of sunshine and the taste
of honey on our tongues
Keep the blood flowing
through young veins
Our time to love is
the most precious gift
Use it wisely and honour
the unblemished flesh

John Lyons


Le carrousel 

Les tiges fraîches des jonquilles
et des crocus : une vie nouvelle
émergeant de l’ancien sol commun.
La nature nous dit qu’il n’y a pas
de fin à la vie. Le carrousel
des saisons et l’éternel retour.
Le paradis est le souffle
tant que nous l’avons encore.
Nous chantons et dansons,
les fleurs d’oranger dans les cheveux
de nos mariées. Tout est mouvement :
un aller, un venir. La terre tourne et,
à son tour, le mimosa s’épanouit :
des grappes de soleil parfumées,
et le goût du miel sur nos langues.
Que le sang coule dans les jeunes
veines. Notre temps pour aimer
est le don le plus précieux.
Employons-le avec sagesse et
honorons la chair immaculée.

 

 

Nothing is ever the same

The small birds are singing
a desultory song There is
little movement in the air
and a thin mist lies
across the river

These are the thing I see
and hear These are the things
I feel – this is the occasion
of this Sunday afternoon
The day has served its purpose
and will soon be at an end
And another day will follow
Nothing changes Nothing
is ever the same

John Lyons


Rien n’est jamais pareil

Les petits oiseaux chantent
une chanson décousue.
L’air est immobile et
une fine brume flotte
sur la rivière.

Voilà ce que je vois et que
j’entends. Voilà ce que
je ressens – voilà ce qui
caractérise ce dimanche
après-midi. La journée a rempli
son rôle et touchera bientôt à sa fin.
Un autre jour suivra. Rien
ne change. Rien n’est
jamais pareil.



After the snow

After the snow the snow drops
and the first sight of crocuses
yet to flower  The never-ending
thread of new life – of renewal
of the face of the earth – and hope
The faith we place in love
and its redemptive power
Desire set deep in our eyes
longing to possess and to be
possessed  I met you
on the eve of spring
and together we fell into
a way of life that I thought
would last forever  You and I
But the subtle savageries
of daily life tore us apart
Blue tits are playing in the trees
they come and go and come
again You came and went
but you never ever returned

John Lyons


Après la neige

Après la neige, les perce-neige
et les premiers crocus qui n’ont
pas encore fleuri, le fil infini
de la vie nouvelle, du renouveau
de la terre, et de l’espoir.
La foi que nous plaçons en l’amour
et son pouvoir rédempteur,
le désir profondément ancré
dans nos yeux, aspirant à posséder
et à être possédé. Je t’ai rencontré
à la veille du printemps et ensemble,
nous avons adopté un mode de vie
que je croyais éternel. Toi et moi.
Mais les cruautés insidieuses
du quotidien nous ont séparés.
Les mésanges bleues jouent
dans les arbres. Elles viennent puis
s’en vont puis reviennent encore.
Tu es venue, tu es parti mais
tu n’es plus jamais revenue.

Where the river sleeps

This is where the river sleeps
so wide and deep you could
almost believe it is a lake : but
it is not  This is where the wide
river works during the day and
some of the night – It is a working
river and has been for centuries
In its time it has carried coal
to power stations and factories
or to wharfs where it would be
distributed to homes and hotels
and to the prison beside
Wormwood Scrubs – the park
I mean – where our children played
when they were younger  Today
at dawn I watch the first ship
heading down to Dagenham
a huge metallic silhouette moving
at such a pace – I wonder what is
the urgency when half the world
is still asleep and the robin is
yet to sing its first sweet song

John Lyons


Là où la rivière dort

C’est ici que la rivière dort,
si large et si profonde qu’on
pourrait presque la prendre pour
un lac : mais elle n’en est pas.
C’est ici que la rivière travaille
le jour et une partie de la nuit.
C’est une rivière active depuis
des siècles. Jadis, elle transportait
du charbon vers les centrales électriques
et les usines, ou vers les quais d’où
il était distribué aux foyers et aux hôtels,
et même à la prison près de
Wormwood Scrubs – le parc, je veux dire –
où nos enfants jouaient quand
ils étaient petits. Aujourd’hui,
à l’aube, j’observe le premier navire 
descendre vers Dagenham, une immense
silhouette métallique se déplaçant
à une vitesse folle. Je me demande
quelle est cette urgence alors que
la moitié du monde dort encore
et que le rouge-gorge n’a pas encore
chanté son premier chant mélodieux.