Nijinsky in the woods

I’ve noticed how the light
           moves through the woodlands
with great stealth
           how it prowls in bushes
and seeps into the soil
           whenever there is a clearing
and how in nature
           all things talk to each other
in their own special way
           I marvel at the long row of trees
on the edge of the open green
           all standing at the same height
a beautiful emerald chorus line
           swaying this way and that
when the whistling wind blows
           to animate their ballet

John Lyons


Nijinski dans les bois.

J’ai remarqué comment la lumière
se déplace dans les bois avec
une grande furtivité,
comment elle se faufile dans les buissons
et s’infiltre dans le sol
dès qu’une clairière apparaît,
et comment dans la nature,
toutes choses communiquent entre elles
à leur manière si particulière.
Je m’émerveille de la longue rangée
d’arbres à la lisière de la clairière,
tous dressés à la même hauteur,
un magnifique chœur d’émeraude,
se balançant au gré du vent sifflant
qui anime leur ballet.

The earth we walk

Something pure and simple
           on these cold mornings
when there is ice underfoot
           and windows are frosted
birds singing as though
           it were the dawn of time
which for them it is
           just as it is in a sense for us

We live on the threshold
           of the instant our memories
filled with future projects
           it’s all about what is to come
the next move the next step
           each of us with our own agenda
the marriages of hope
           and expectation
the bones we have built up
           for finer things

There are those who live
           on the side of time
and those who resist it
           those who could stare
for hours
           into the heart of a rose
and those who could never
           see the point

We live within the ruins
           of decadence and beauty
new cities will rise up
           on the site of our demise
but not for the moment
           the rose too will wither and die
but not for the moment—
           love all you can
while you can
           the rest is history

John Lyons


La terre que nous foulons

Quelque chose de pur et de simple           
par ces matins froids quand       
il y a de la glace sous les pieds         
et les fenêtres sont givrées,
les oiseaux chantent comme si           
c’était l’aube des temps,
ce qui est le cas pour eux           
comme c’est le cas,
d’une certaine manière, pour nous.

Nous vivons au seuil           
de l’instant, nos souvenirs emplis
de projets futurs           
tout tourne autour de ce qui va arriver,
le prochain mouvement,
le prochain pas chacun de nous
avec son propre agenda,
les mariages de l’espoir et de l’attente,
les os que nous avons construits

pour des choses plus belles.

Il y a ceux qui vivent           
du côté du temps et ceux qui
lui résistent. Ceux qui pourraient
contempler des heures durant
le cœur d’une rose, et ceux qui
n’en comprennent jamais le sens…

Nous vivons au milieu des ruines
de la décadence et de la beauté.
De nouvelles villes s’élèveront
à l’endroit même de notre disparition,
mais pas pour l’instant.
La rose aussi se fanera et mourra,
mais pas pour l’instant.
Aimez autant que vous le pouvez
tant que vous le pouvez,
le reste appartient à l’histoire.

Love and heartbreak

I belong here – this is my river
cool and swift heading out to sea
with no regrets  There used to be
steamers but the age of steam
has passed  Salmon have returned
and many other species now that
the waters have been cleaned up

This morning the sun is lazing
on the horizon and a gentle breeze
is ruffling the trees’ feathers
There’s not a sound  A pair
of pigeons are playing tag
It looks innocent but I know
what they’re up to  Late-comers
on the dating scene
Who has not been through
love and heartbreak hasn’t lived

John Lyons


Amour et le chagrin d’amour

Je suis à ma place ici – c’est ma rivière,
fraîche et vive, filant vers la mer
sans le moindre regret. Il y avait autrefois
des bateaux à vapeur, mais l’ère de la vapeur
est révolue. Les saumons sont revenus,
ainsi que bien d’autres espèces, maintenant
que les eaux ont été assainies.

Ce matin, le soleil s’attarde
à l’horizon et une brise légère
ébouriffe le plumage des arbres.
Pas un bruit. Un couple
de pigeons joue à se courir après ;
cela semble innocent, mais je sais
ce qu’ils manigancent. Des retardataires
en quête d’amour. Qui n’a pas connu
l’amour et le chagrin d’amour n’a pas vécu.

What have I got to lose?

A congenial day drains away
into a soft blue nightscape
Summer is over – it was fun
while it lasted  I learnt so much
but also forgot so much too
There’s only so much
a brain can hold before
it explodes

A moment ago a large cruise ship
sailed by heading out to sea –
and beyond that who know where?
I had no desire to be on that voyage
I’ve travelled so much during my lifetime
and now I’m back where I started
barely a mile or so from the exact
place of my birth Can you believe it?

When I look in the mirror I see
youth gone to seed  I see grey hair
and languid eyes that have known
much love and much sorrow
On balance I have no reason
to complain though I might as well
What have I got to lose?

John Lyons


Qu’ai-je à perdre ?

Une journée agréable s’efface
dans la douceur d’un crépuscule bleuté
L’été est fini – c’était sympa
tant que ça a duré. J’ai tant appris
mais j’ai tant oublié aussi.
Il y a une limite à ce qu’un cerveau
peut contenir avant
d’exploser.

Il y a un instant, un grand paquebot
est passé, voguant vers le large –
et au-delà, qui sait où ?
Je n’avais aucune envie de faire ce voyage
J’ai tant voyagé au cours de ma vie
et me voilà revenu au point de départ
à peine à un mille ou presque de l’endroit
exact de ma naissance. Vous le croyez ?

Quand je me regarde dans le miroir, je vois
une jeunesse fanée. Je vois des cheveux gris
et des yeux las qui ont connu
bien des amours et bien des peines.
Tout compte fait, je n’ai aucune raison
de me plaindre, bien que je pourrais
tout aussi bien le faire
Qu’ai-je à perdre ?

Hold on to what you have

Years ago I used to listen to the morning news
on the radio – not any more  Nowadays
I spend my mornings writing poems which
nobody reads  Summer has been long
and hot – very hot   For some people
the excessive heat is unbearable
I just say to them “Wait till the winter comes”

I live by the river and see ships sailing back
and forth  Ships of all shapes and sizes
They sail into and out of my mind
like floating ideas and I lose myself
in the act of contemplation

I tell myself that I can do anything
that Ted Berrigan could do or even
Frank O’Hara for that matter
The hardest thing in poetry is
to bare your soul – to be frank about
all your faults and failings and the long
catalogue of regrets  In Walsingham
I saw a swallow suddenly fly out
of the eaves of a Tudor house
I tried to follow its flight path
but it was soon lost in the distance
Too many things in life are soon
lost in the distance    Hold onto the
ones you love – you never know
when you might suddenly lose them

John Lyons


Accroche-toi à ce que tu as

Il y a des années, j’écoutais les informations
du matin à la radio ; ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Je passe désormais mes matinées à écrire
des poèmes que personne ne lit. L’été
a été long et chaud — très chaud. Pour certains,
cette chaleur excessive est insupportable ;
je leur dis simplement : « Attendez que l’hiver arrive. »

Je vis au bord de la rivière et je regarde les bateaux
qui vont et viennent. Des bateaux de toutes formes
et de toutes tailles. Ils entrent et sortent de mon esprit
comme des idées flottantes, et je me perds
dans la contemplation.

Je me dis que je suis capable de tout ce que
Ted Berrigan pouvait faire, ou même Frank O’Hara,
d’ailleurs. Le plus difficile en poésie, c’est de mettre
son âme à nu — d’être franc sur tous ses défauts,
ses échecs et la longue liste de ses regrets.
À Walsingham, j’ai vu une hirondelle jaillir
soudainement sous l’avant-toit d’une maison Tudor.
J’ai tenté de suivre sa trajectoire, mais elle s’est vite
perdue au loin. Trop de choses dans la vie finissent
par se perdre au loin. Accroche-toi à ceux
que tu aimes ; on ne sait jamais quand
on risque de les perdre soudainement.

Out of the air

Out of the air
out of the sun
out of the earth
all beauty

a world
made flesh
the bone and blood
sustained
by the warmth
of her breath

the long hair
that spins
in the wild wind
that lashes
her ruddy cheeks

her voice strung
with the strings
of a harp
I could listen
for hours
for a lifetime

watch her fingers
admire the spoils
of her handiwork

Those were fine days
never to be forgotten
a life lived
in the shape of love

John Lyons


Sortie de l’air

Sortie de l’air
sortie du soleil
sortie de la terre
toute beauté

un monde
fait chair
l’os et le sang
soutenus
par la chaleur
de son souffle

la longue chevelure
qui tournoie
dans le vent sauvage
qui fouette
ses joues empourprées

sa voix tendue
des cordes
d’une harpe
je pourrais l’écouter
des heures durant
toute une vie

observer ses doigts
admirer les fruits
de son ouvrage

C’étaient de beaux jours
à jamais inoubliables
une vie vécue
sous la forme de l’amour

Acres of wild seagrass

Acres of wild seagrass
       beneath turquoise waters
skirting the rugged shore
       and we are mineral beings
living literally off the fat
       of the land and the sea

we who are organically
       water and calcium and iron
and carbon and phosphorus
       and oxygen and nitrogen
and biochemically
       so much more – driven
by edible energies to love
       and be loved

John Lyons


Des étendues d’herbiers marins

Des étendues d’herbiers marins
sous des eaux turquoise
bordant le rivage escarpé
et nous sommes des êtres minéraux
vivant littéralement de la substance
de la terre et de la mer

nous qui sommes, organiquement,
eau, calcium et fer
carbone et phosphore
oxygène et azote
et, biochimiquement,
bien plus encore – mus
par des énergies nourricières pour aimer
et être aimés

Obedience to the world’s business

Obedience to the world’s business
what is that ?

and what of our nature ?
it should be the simplest of things

this drawing in and out of breath
a voice in tune with our emotions

the beating heart drawn
irresistibly towards love

to observe and to admire
how she moves

within the aura of beauty
What special purpose is ours

other than to be
the embodiment of love ?

John Lyons


Obéissance aux affaires du monde

Obéissance aux affaires du monde
qu’est-ce que cela signifie ?

Et qu’en est-il de notre nature ?
Ça devrait être la chose la plus simple qui soit

ce souffle qui va et vient
une voix en harmonie avec nos émotions

le cœur qui bat, attiré
irrésistiblement vers l’amour

observer et admirer
sa façon de se mouvoir

au sein de l’aura de la beauté
Quelle est notre vocation particulière

sinon celle d’être
l’incarnation de l’amour ?

Soft-petalled beauty

I write free from
the pressure of praise
my words go
largely unnoticed

and my subject
is what I see and hear
and feel –

during the day
I count sparrows
and at night
the outer stars

and how we so
reveal ourselves
in our acts of love

Not for no reason
are the flowers
we bring
to our host’s table

soft-petalled beauty
that knows its place
that fills our lives
with guileless grace

So when I took your hand
it was to hold it forever
it was for our love to be
contentment’s face

John Lyons


Une beauté aux pétales doux

J’écris, libéré
de la pression des louanges ;
mes mots passent
largement inaperçus

et mon sujet
est ce que je vois, entends
et ressens –

le jour,
je compte les moineaux
et la nuit,
les étoiles lointaines

et la façon dont nous
nous révélons ainsi
dans nos actes d’amour

Ce n’est pas sans raison
que les fleurs
que nous apportons
à la table de nos hôtes

sont d’une beauté
aux pétales doux
qui connaît sa place
et qui emplit nos vies
d’une grâce candide

Alors, quand j’ai pris ta main,
c’était pour la tenir à jamais ;
c’était pour que notre amour
devienne le visage
du contentement.

The chains of memory

The chains of memory
        the shackles the bonds
that bind the beloved
        to the beloved
the all-knowingness
        of love which each day
resurrects and brings out
        into the light

Grace and desire
        hand in hand
something that changes
        so that nothing ever changes
the state in which there is
        no restlessness
and no discomfort

Yes there are words
        but sometimes
they are unvoiced
        each syllable
closely guarded
        latent speech
kept in reserve

this is what I saw
        in her eyes
this what I felt
        when I held her hand
and then the brush
        of her lips on my skin
her breath aligned
        with my own—

and out of love
        all those gestures
that rise into being
        the creativity that battles
against the onslaught of death
        the tenderness that softens
every blow and soothes
        one’s wounded vanity

John Lyons


Les chaînes de la mémoire

Les chaînes de la mémoire
        les entraves, les liens
qui unissent l’être aimé
        à l’être aimé
l’omniscience
        de l’amour qui, chaque jour,
ressuscite et porte
        à la lumière

La grâce et le désir
        main dans la main
quelque chose qui change
        pour que rien ne change jamais
cet état où il n’y a
        ni agitation
ni malaise

Oui, il y a des mots
        mais parfois
ils restent tus
        chaque syllabe
jalousement gardée
        parole latente
tenue en réserve

voilà ce que j’ai vu
        dans ses yeux
voilà ce que j’ai ressenti
        en lui tenant la main
puis l’effleurement
        de ses lèvres sur ma peau
son souffle à l’unisson
        du mien —

et, par amour,
        tous ces gestes
qui prennent vie
        cette créativité qui lutte
contre les assauts de la mort
        cette tendresse qui adoucit
chaque coup et apaise
        la vanité blessée