Before the fall

And so to soft September
           warm days and cool nights
slow wintering of the soul
           and time the custodian
of our fractured memories
           of our kisses

Here were mountains
           here was sea
a sandy beach lapped
           by white-laced waves
here we loved our life away
           to the chatter of parrots
high up in the palms
           life feeding upon life
the frigate birds
           back and forth
scouring the ocean 
           for food

And all that fades
           as footsteps fade
across Brooklyn Bridge
           one place to another
from time to time
           and love a survivor
or so we hope
           stubbornly

John Lyons


Avant l’automne

Et voici le doux mois de septembre,
           jours chauds et nuits fraîches,
lent hivernage de l’âme
           et le temps, gardien
de nos souvenirs brisés,
           de nos baisers.

Ici, il y avait des montagnes,
           ici, la mer,
une plage de sable caressée
           par des vagues ourlées d’écume ;
ici, nous avons aimé jusqu’au bout
           au milieu du caquetage des perroquets
haut dans les palmiers,
           la vie se nourrissant de la vie,
les frégates
           faisant des allers-retours,
scrutant l’océan
           en quête de nourriture.

Et tout cela s’efface,
           comme s’effacent les pas
sur le pont de Brooklyn,
           d’un lieu à l’autre,
de temps en temps,
           et l’amour, un survivant
— ou du moins, c’est ce que
           nous espérons obstinément.

In my dreams

In my dreams
       no stars no moon
no roses
       no sweet lavender
no road to paradise
       no sea breaking
softly on the shore
       no nectar on my tongue

no light but the light
       in your eyes
no sound but the murmur
       of your breath felt gently
against my cheeks
       in my dreams

John Lyons


Dans mes rêves

Dans mes rêves      
       ni étoiles ni lune      
ni roses      
       ni douce lavande      
ni chemin vers le paradis      
       ni mer venant briser      
doucement sur le rivage      
       ni nectar sur ma langue

aucune lumière sinon celle      
       de tes yeux      
aucun son sinon le murmure      
       de ton souffle senti doucement      
contre mes joues      
       dans mes rêves

Remembering Frank O’Hara

I have a mental picture
of the poet Frank O’Hara sitting
in his apartment
on a glorious New York summer’s day
He’s wearing a crisp
white shirt and new sneakers
and is nervously tapping his fingers
on his desk in time
to a phrase from Rachmaninoff
that has been running
through his head
ever since he woke

Through an open window
he can also hear the city creating
its usual dusty cacophony
he also has an eye on the clock
: the friend who is giving him
the ride to the beach is late
and he has so been
looking forward to the trip

Just then the doorbell rings
and at once
he is overcome
by the sudden surge of love
in his heart and struggles
to get to his feet
fearing he might drown
in the emotion

John Lyons


En souvenir de Frank O’Hara

Je visualise le poète Frank O’Hara
assis dans son appartement,
par une magnifique journée d’été
new-yorkaise. Il porte une chemise
blanche impeccable et des baskets
neuves ; nerveusement, il tapote
des doigts sur son bureau
en rythme avec une phrase musicale
de Rachmaninov qui lui trotte
dans la tête depuis son réveil.

Par la fenêtre ouverte,
il entend aussi la ville produire
sa cacophonie poussiéreuse habituelle ;
il garde également un œil sur l’horloge :
l’ami qui doit l’emmener à la plage
est en retard, alors qu’il attendait
cette sortie avec tant d’impatience.

C’est alors que la sonnette retentit
et qu’il se sent aussitôt submergé
par un élan d’amour soudain ;
il peine à se lever, craignant
de se noyer dans cette émotion.

Seeds turn to summer

 

Seeds turn
to summer
in silence

despite
the harsh winds
despite the hard
rains

seeds turn
to summer
in silence

green shoots
thrust up through
the damp soil
into the open air
to feed on the light

out of the damp dark earth
sweet pea and nasturtium
marigold and sunflower
calendula and forget-me-not
every colour under the sun

seeds turn
to summer
in silence

the germ of life
the germ of love
all that was buried
will flower again

John Lyons


Les graines se transforment en été

Dans le silence
les graines se transforment
en été

malgré
les vents violents,
malgré les pluies
torrentielles

Dans le silence
les graines se transforment
en été

les jeunes pousses vertes
jaillissent de la terre humide
vers l’air libre
pour se nourrir de lumière

de la terre sombre et humide,
pois de senteur et capucine,
œillet d’Inde et tournesol,
souci et myosotis,
toutes les couleurs imaginables

Dans le silence
les graines se transforment
en été

le germe de la vie,
le germe de l’amour,
tout ce qui était enfoui
fleurira à nouveau

The yellow pages of history

We who once meant so much
to each other    The kisses
that seemed to promise
forever   Sweet unworded love
in which gesture was all

The heart beats but the years
never stand still   Remember
the full moon over Berkeley Square
and the lone nightingale
singing the blues?
What life teaches us :
that one thing revolves
around another
endlessly

She sent me a sprig of mimosa
in the post but
by the time it arrived
it had turned to dust
Over time we all fall
into disuse
Cling to the memories
they will not last forever

John Lyons


Les pages jaunies de l’histoire

Nous qui comptions tant
l’un pour l’autre. Les baisers
qui semblaient promettre
l’éternité. Un amour doux
et silencieux où tout
se résumait à un seul geste.

Le cœur bat, mais les années
ne s’arrêtent jamais.
Te souviens-tu de la pleine lune
au-dessus de Berkeley Square
et du rossignol solitaire
qui chantait le blues ?
Ce que la vie nous apprend :
que tout gravite sans cesse
autour d’un autre.

Elle m’a envoyé un brin de mimosa
par la poste, mais il était déjà fané
à son arrivée. Avec le temps,
nous tombons tous en désuétude.
Accroche-toi à tes souvenirs, car
ils ne dureront pas éternellement.

The noble chemistry of words

The noble chemistry of words
certain explosive combinations
Let us not flatter ourselves
that this generation is any
more capable or enlightened
than all the previous ones

Look at how the walls of Jericho
tremble Look at all the modern
devices capable of tearing
limb from limb Look at how
the bombs fall to the applause
of millions and yet we call this
a civilisation Remember the days
when it was considered offensive
to fight for peace On a lonely
outpost just above the ridge
Harry waits for the shelling
to cease so that he can hear
the lark sing as it soars
into the sky

John Lyons


La noble chimie des mots

La noble chimie des mots
certaines combinaisons explosives
Ne nous flattons pas
de croire que cette génération est
plus capable ou plus éclairée
que toutes celles qui l’ont précédée

Voyez comme tremblent les murs
de Jéricho Voyez tous ces engins
modernes capables de mettre
en pièces les corps Voyez comme
les bombes pleuvent sous
les applaudissements de millions de personnes
et pourtant nous appelons cela
une civilisation Souvenez-vous de l’époque
où l’on jugeait offensant
de lutter pour la paix Sur un poste
isolé, juste au-dessus de la crête
Harry attend que la fusillade
cesse pour pouvoir entendre
l’alouette chanter alors qu’elle
s’élève dans le ciel.

Love is the lifeblood

All this one day
over
all the pleasure
all the pain
finished

Back to the simplicities
of clay as shaped
by other artists

All the warm breath
gone
while generations
of grasshoppers
leap in the long
summer grass

The brain tires
but the heart
never

Love is the lifeblood
and beauty is the kiss
that lasts on the lips

John Lyons


L’amour est la sève vitale

Tout cela, un jour,
prendra fin —
tous les plaisirs,
toutes les douleurs,
terminés

Retour à la simplicité
de l’argile façonnée
par d’autres artistes

Tout souffle chaud
s’éteint
tandis que des générations
de sauterelles
bondissent dans les hautes
herbes de l’été

L’esprit se lasse
mais le cœur
jamais

L’amour est la sève vitale
et la beauté, le baiser
qui demeure sur les lèvres

The age I am

The age I am
The time and places
lived 

How often have I
shaken the tree
of knowledge –

the bitter fruit
of experience decomposed
at my feet

I have put
the dust of others
to rest

Although they carry
the emblems they know
nothing of peace

Notice how the old
never sigh : they have
seen it all

Flames no longer burn
the hands as they once
used to do

How I love the constellations
and the shape
of dreams to come

As you go
on your journey
I wish you well

I will not barter
for your kiss
down by the riverside

John Lyons


L’âge que j’ai

L’âge que j’ai,
le temps et les lieux
vécus.

Combien de fois
ai-je secoué l’arbre
de la connaissance ?

Le fruit amer de l’expérience
s’est décomposé
à mes pieds.

J’ai déposé
la poussière
des autres.

Bien qu’ils portent
les emblèmes, ils ignorent
tout de la paix.

Remarquez comme les anciens
ne soupirent jamais :
ils ont tout vu.

Les flammes
ne brûlent plus les mains
comme autrefois.

Que j’aime les constellations
et la forme des rêves
à venir !

Tandis que vous poursuivez
votre voyage, je vous souhaite
le meilleur.

Je ne marchanderai pas
votre baiser.
au bord de la rivière.

The shape of things

A sloop under sail
heading gently up river

Two white triangles
to capture the breeze

The boat bobbing
rhythmically
The wide water
flat and uneventful
Cause and effect

The sailor at one

with the world
A consciousness afloat
a love not of words

A fragment of eternity
Her kiss draws me in
under naked stars

John Lyons
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La forme des choses

Un sloop à la voile
remontant doucement le fleuve
Deux triangles blancs
pour saisir la brise

Le bateau qui tangue
en rythme
La vaste étendue d’eau
plane et paisible
Cause et effet

Le marin en osmose
avec le monde
Une conscience à la dérive
un amour qui se passe de mots

Un fragment d’éternité
Son baiser m’attire
sous les étoiles nues

Sunday impromptu

A large bumblebee hovering
for a moment
at the window pane :
we are on different sides
A dry leaf flutters by

Summer is still and silent
like the smooth river
drifting in the distance
out to sea, taking with it
the light and all the dust
of all our days

In the foreground
a tall steeple points a finger
up at the illusion we call sky
though some call it paradise
Time and space – we are defined
by these shifting coordinates

A quiet day in the neighbourhood
Your gentle pulse by my side
What began as desire
how will it all end?
I have loved for the span
of a lifetime but it was
never enough

There is always more to give
always more to receive
And so we embrace at daybreak
and wish each other well
What lies ahead? An impromptu
between our first and last words


John Lyons
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Impromptu du dimanche

Un gros bourdon
qui plane un instant
devant la vitre :
nous sommes de part et d’autre
Une feuille sèche passe en voletant

L’été est immobile et silencieux
comme le fleuve paisible
qui dérive au loin
vers la mer, emportant avec lui
la lumière et toute la poussière
de tous nos jours

Au premier plan
un haut clocher pointe le doigt
vers l’illusion que nous nommons ciel
bien que certains l’appellent paradis
Temps et espace — nous sommes définis
par ces coordonnées mouvantes

Une journée calme dans le quartier
Ton pouls paisible à mes côtés
Ce qui a commencé par le désir
comment tout cela finira-t-il ?
J’ai aimé durant toute
une vie, mais cela n’a
jamais suffi

Il y a toujours plus à donner
toujours plus à recevoir
Alors nous nous embrassons à l’aube
et nous nous souhaitons le meilleur
Qu’est-ce que l’avenir nous réserve ?
Un impromptu entre nos premiers
et nos derniers mots