The Collected Poems of Ted Berrigan

I’m holding the book in my hands
It’s a fairly heavy tome
and for some reason it reminds me
of the summer afternoon I went fishing
in a stream somewhere in Kilkenny
with my cousin Paul : I was twelve
at the time and new at the game
But an hour or so into the afternoon
I had my first bite  The line suddenly
jerked and pulled me out of my daydream
The fish began to fight but I fought back
Cousin Paul held the net as I hauled
the little monster out of the water
The beautiful rainbow trout thrashed
about in the net but once it calmed
I took hold of it and placed it
the plastic bucket we had with us
But that split-second sensation
feeling the pulse of life in my hands
is what I felt this morning as I picked up
Ted’s poems and began to read

John Lyons


Poèmes complets de Ted Berrigan

Je tiens le livre entre mes mains.
C’est un gros volume, et pour une raison
que j’ignore, il me rappelle cet après-midi d’été
où j’étais allé pêcher dans un ruisseau du comté
de Kilkenny avec mon cousin Paul.
J’avais douze ans et j’étais novice.
Mais après une heure, à peu près, j’ai eu
ma première touche. La ligne s’est tendue
et m’a tiré de ma rêverie. Le poisson s’est débattu
avec acharnement, mais je me suis défendu.
Mon cousin Paul tenait l’épuisette pendant que
je sortais le petit monstre de l’eau.
La magnifique truite arc-en-ciel continuait
de se débattre dans l’épuisette, mais une fois calmée,
je l’ai attrapée et mise dans le seau en plastique
que nous avions apporté. Cette sensation fugace,
sentir la vie palpiter entre mes mains, c’est ce que
j’ai ressenti ce matin en prenant les poèmes de Ted
et en commençant à les lire.

Ted Berrigan in memoriam

It’s 7.53 and I’m reading a poem
by Ted Berrigan and between the lines
I’m staring out at the river that is shrouded
in low-lying mist Sometimes I wish I was
in Brooklyn if only to walk across
the famous bridge at least once a day
What Ted had in common with Whitman
was a long beard and bad health
Perhaps this explains his obsession
with time which he notes precisely
in so many of his poems
He had so much to live for and yet
he lost so many years He dreamt
of easy living but struggled most
of his life and when he passed
his wife and sons lived in poverty
After his death friends described him
as larger than life which I suppose
is some form of consolation

John Lyons


Ted Berrigan in memoriam

Il est 7 h 53, je lis un poème
de Ted Berrigan et, entre les lignes,
je contemple le fleuve enveloppé
d’une brume basse. Parfois, j’aimerais
être à Brooklyn, ne serait-ce que pour
traverser le célèbre pont au moins
une fois par jour. Ce que Ted avait
en commun avec Whitman, c’était
une longue barbe et une santé fragile ;
peut-être cela explique-t-il son obsession
du temps, qu’il note avec précision
dans tant de ses poèmes. Il avait tant
de raisons de vivre, et pourtant
il a perdu tant d’années ; il rêvait
d’une vie facile mais a lutté la majeure
partie de son existence, et à sa mort,
sa femme et ses fils vivaient
dans la pauvreté. Après son décès,
ses amis l’ont décrit comme un homme
hors du commun — ce qui, je suppose,
constitue une forme de consolation.

Autumn lines

The familiar blur of mist
lying across the river
at the end of the day
The flurry of golden leaves
tumbling to extinction
The silence of birds
who have so much less
to sing about now that
the summer has gone
The deep moodiness
of autumn as the pace
of life slackens and
the sun dips into winter
When there is love
to sustain the heart
all is not lost
Where there is none
there is no hope

John Lyons


Lignes d’automne

Le flou familier de la brume
qui recouvre la rivière
au crépuscule. La pluie
de feuilles dorées qui tombent.
Le silence des oiseaux,
qui ont si peu à chanter
maintenant que l’été est fini.
La profonde mélancolie
de l’automne, tandis que
le rythme de la vie ralentit
et que le soleil se couche
en hiver. Quand l’amour
est là pour réconforter le cœur,
tout n’est pas perdu.
Là où il est absent,
il n’y a pas d’espoir.

In a love poem

In a poem of love
there are feathers and fish
and roses and butter
and slow-burning candles
there are tables and chairs
and a sky made of rain
and curtains to be drawn
and sunshine over the horizon

in a poem of love
it is summer and winter
and beaches and sandals
and today and tomorrow
and happily ever after
and blushes and kisses
and words made of silence
and naturally we celebrate
and swim in the mountains
and sweet as a baby
and tall as a castle

in a poem of love
there is time and again
and bells gently ringing
and Saturdays and Sundays
and moons to be baking
and an alphabet of promises
and sharp needles for mending

in a poem of love
there are paintings and photos
and pearls made of wisdom
and sonnets for reading
and beds for the lying
and pleasures for sharing
and songs for beginning
and streets never ending

John Lyons

Dans un poème d’amour

Dans un poème d’amour
il y a des plumes et des poissons
et des roses et du beurre
et des bougies à combustion lente
il y a des tables et des chaises
et un ciel fait de pluie
et des rideaux à tirer
et du soleil sur l’horizon

dans un poème d’amour
c’est l’été et l’hiver
et des plages et des sandales
et aujourd’hui et demain
et vivre heureux pour toujours
et des rougeurs et des baisers
et des mots faits de silence
et naturellement nous célébrons
et nageons dans les montagnes
et doux comme un bébé
et grand comme un château

dans un poème d’amour
il y a de temps en temps
et des cloches qui sonnent doucement
et des samedis et des dimanches
et des lunes à cuire au four
et un alphabet de promesses
et des aiguilles pointues pour raccommoder

dans un poème d’amour
il y a des peintures et des photos
et des perles faites de sagesse
et des sonnets à lire
et des lits pour s’allonger
et des plaisirs à partager
et des chansons pour commencer
et des rues qui ne finissent jamais

Remembering Tralee

My mother was born
           in the shadow of mountains
her old bones long since
           laid to rest

I know the place
           the house the houses
where she was a girl
           I know the school
I know the shoreline
           where she would go
in the summer to bathe
           and walk along the beach

My bones
           out of her bones
have grown old too
           but my muscles retain
their youthful vigour
           I know many things
and yet am ignorant
           of so much more

Perhaps I long to return
           to that place
in the shadow of mountains
           where calm waters
run down to the sea
           Perhaps is a word
I have used too often
           in my life perhaps

John Lyons


Souvenirs de Tralee

Ma mère est née
       à l’ombre des montagnes
ses vieux os depuis longtemps
       mis en terre
Je connais l’endroit
       la maison, les maisons
où elle était jeune fille
       Je connais son école

Je connais le rivage
       où elle allait
en été pour se baigner
       et marcher 

le long de la plage

Mes os issus de ses os
       ont vieilli eux aussi
mais mes muscles gardent
       leur vigueur de jeunesse
Je sais beaucoup de choses
     et pourtant j’ignore
tant d’autres

Peut-être ai-je le désir
       de retourner à cet endroit
à l’ombre des montagnes
       où les eaux calmes
descendent vers la mer

Peut-être est un mot
       que j’ai trop souvent
utilisé dans ma vie,
       peut-être

Killer instinct

A brown trout moves
through shallow waters
drags its shadow
across the fine gravel

Doused in sunlight
its plump dappled body
thrusts as a single muscle
mouth wide and gills flared

In the stillness
in the silence
the young mayfly
stands no chance

John Lyons


Instinct de tueur

Une truite fario se déplace
dans les eaux peu profondes
traînant son ombre
sur le gravier fin

Baignée de soleil son corps
dodu et tacheté se propulse
comme un seul muscle, bouche
grande ouverte et branchies déployées

Dans le calme
dans le silence
la jeune éphémère
n’a aucune chance

The fragility of life

 

A peacock butterfly
           with its distinctive eyespots
flittering above a broad green sea
           occasionally dipping down
to alight on the dandelions
           that litter the unmown lawn
its wingblades stored vertically
           as momentarily it feeds on the nectar

a born mimic
           the peacock is one of nature’s
true lightweights—
           oblivious to the brevity of its life
it cryptically protects itself
           whenever it sets itself down
by displaying leaflike its dull brown
           underbelly so as to be
to all intents and purposes
           invisible to the naked eye

John Lyons


La fragilité de la vie

Un paon-du-jour
           avec ses ocelles caractéristiques
papillonnant au-dessus d’une vaste mer verte
           plongeant de temps à autre
pour se poser sur les pissenlits
           qui jonchent la pelouse non tondue
ses ailes repliées à la verticale pendant
           qu’un instant il se nourrit de nectar

imitateur-né
           le paon est l’un des véritables
poids plumes de la nature —
           inconscient de la brièveté de sa vie
il se protège de manière cryptique
           chaque fois qu’il se pose
en déployant, tel une feuille, son dessous
           brun terne afin d’être
à toutes fins utiles
           invisible à l’œil nu

Jonah and the tree

Sun shining through
the bare bones of nature :
with what vigour their branches
thrust skywards in their
everlasting lust for life
for green leaf
for growth
for flower and for fruit

In the shade
of one of the species
Jonah once took shelter
and pondered who he was
and where he was
and why he was
and what he was supposed
to do with his life
while the answers
were all around him

John Lyons


Jonas et l’arbre

Le soleil brille à travers
les os nus de la nature :
avec quelle vigueur leurs branches
se lancent vers le ciel dans leur
éternelle soif de vie
de feuille verte
de croissance
de fleur et de fruit

À l’ombre
de l’une de ces espèces
Jonas s’abrita autrefois
et se demanda qui il était
et où il était
et pourquoi il était
et ce qu’il était censé
faire de sa vie
alors que les réponses
l’entouraient de toutes parts

Autumn sigh

I have a mind to be in the world
to observe autumn falling
all around me, listen to the bounce
of chestnuts as the wind rises
and sends them crashing to the ground
and to watch the flurry of dry leaves
that have seen their day, their once
fresh green glory transformed
into so much litter to be swept away
or to be gathered in heaps
before being put to the torch
Nothing lasts forever, but the fuse
of creation burns slowly
and out of ash and cinders, the face
of the earth is constantly renewed.

Jon Lyons


Soupir d’automne

Je suis déterminé d’être au monde,
d’observer l’automne tomber
tout autour de moi, d’écouter
le bruit des châtaignes qui s’écrasent
au sol sous le vent, et de contempler
le tourbillon de feuilles mortes, leurs
feuilles jadis vertes et fraîches
transformées en un amas de détritus
à balayer ou à ramasser avant d’être incinérées
Rien n’est éternel, mais la flamme
de la création brûle lentement et,
de cendres et de braises,
la terre se renouvelle sans cesse.

By the river

Where shall we dig in
here by the river
by the Tower
by the Bridge
the land and the tidal river
two worlds
taste the salt in the air
sight smell touch taste
sounds of the river
weaving in and out
of our lives
soul of the city
the gift of silence
of speech
that place where minds meet
where love is voiced
and unvoiced
the verse that gives shape
to it all
sense where sense
makes sense
where night falls
effortlessly
where day rises
in your eyes

John Lyons


Au bord du fleuve

Où est-ce qu’on s’y met
ici, au bord du fleuve,
près de la Tour,
près du Pont,
la terre et le fleuve à marée,
deux mondes,
goûter le sel dans l’air,
voir, sentir, toucher, goûter,
les sons du fleuve
qui s’entremêlent
à nos vies,
l’âme de la ville,
le don du silence,
de la parole,
ce lieu où les esprits
se rencontrent,
où l’amour s’exprime
et se tait, le vers
qui donne forme à tout,
le sens là où le sens
prend tout son sens,
où la nuit tombe sans effort,
où le jour se lève
dans tes yeux