Shake the dust

My reflection tells me
that I have aged
my heart tells me
that I have not

I have shrugged off
her ugly betrayal
as I would shake dust
from my shoes

the death of a star
is nothing to lament
in the firmament they are
as fish in the sea

Sparrows sing of roses
there in the bud
of petals about to unfold
new love that spring brings

John Lyons


Secouez la poussière

Mon reflet me dit
que j’ai vieilli
mon coeur me dit
que je n’ai pas

J’ai ignoré
sa vilaine trahison
comme je secouerais la poussière
de mes chaussures

la mort d’une étoile
n’a rien à déplorer –
dans le firmament elles sont
comme des poissons dans la mer

Les moineaux chantent des roses
des boutons sur le point de fleurer
d’un nouvel amour
que le printemps apporte

Ash of ages

ash

Ash of ages
the slow descent
light filtered
through darkness
in the beginning
was the end
light burnt
to a cinder
the earth’s
fallen forests

out of the cauldron
these flakes of snow
and magpies
that know nothing
of life or death
foxes that tell
their time by
the sun and moon

ash of ages
the slow descent
of my flesh
of her flesh
pale red lips
that meet in love
life as it was meant
to be loved
love as it was meant
to be lived

John Lyons


Cendres des âges
la lente descente
la lumière filtrée
à travers l’obscurité
au début
était la fin
la lumière brûlée
à une cendre
tombées les forêts
de la terre

hors du chaudron
ces flocons de neige
et les pies
qui ne savent rien
de la vie ou de la mort
les renards qui marquent
l’heure selon
le soleil et la lune

cendres des âges
la lente descente
de ma chair
de sa chair
les pâles lèvres 
qui se touchent en amour
la vie telle qu’elle était censée
d’être aimé
l’amour telle qu’il était censé
d’être vécu

I have known colder hearts

The fox is back
ferreting in the snow
its movements tracked
by an alert squad of magpies

in the distance
children riding their sleds
on the hillside next to
the ancient woodland

icy flurries have cancelled
the morning chorus :
a time to be wrapped up
and warm in the nest

patches of ice
gathered in the gutters
reflect the grey skies
I have known colder hearts

John Lyons


J’ai connu des cœurs plus froids

Le renard est de retour
il furets dans la neige
ses mouvements suivis
par une alerte escouade de pies

au loin
des enfants sur leurs traîneaux
descendent la colline à côté
de l’ancienne forêt

des averses de neige ont annulé
le chœur du matin :
un temps pour être enveloppé
et au chaud dans le nid

des flaques de glace
rassemblées dans les gouttières
reflètent le ciel gris
J’ai connu des cœurs plus froids

Montaigne’s vanity

montaigne

It has snowed overnight

Montaigne sits in his ivory tower
through the window he sees
magpies pecking at the white dust
he sees a fox scavenging

the magpies tease the fox
there are at least fourteen of them
but the fox in a world of its own
casually sniffs

the icy ground

Montaigne wonders
was I born to witness this
to record it in words
to attach some sort of importance
to this trivia of nature ?

Vanity will be the death of me
vanity will be the death of us all
our consciousness of what is
the absurd hierarchies we build in the mind
vanity of vanities: tear it down !

John Lyons


Il a neigé pendant la nuit
Montaigne est assis dans sa tour d’ivoire
à travers la fenêtre il voit
des pies qui picorent la poussière blanche
il voit un renard en train de fouiller

les pies taquinent le renard
il y en a quatorze au moins 
mais le renard dans son propre monde
renifle avec désinvolture
le sol glacé

Montaigne se demande
suis-je né pour être témoin de cela
pour l’enregistrer avec des mots
attacher une sorte d’importance
à cette trivialité de la nature ?

La vanité sera ma mort
la vanité sera la mort de nous tous
notre conscience de ce qui est
les absurdes hiérarchies
que nous bâtissons dans la tête
vanité des vanités: démolissons-la!

Smoke rising

Smoke rising
into the pale sky
life smouldering
somewhere beneath

the forecast is
for a blanket of snow
and monotone
landscapes

my eyes will search
for the magpies
that dare to venture out
my ears pricked to capture

the prattle of foxes
when darkness falls
as once I caught
the germ of love

in her eyes
in the curl of her lips
as she turned
and walked away

a man and his dog
cross the green field
the first flakes
yet to fall

bitter wind from the east
stillness and silence
as when she turned her back
and walked away

John Lyons


La fumée monte
dans le ciel pâle
la vie qui couve
quelque part en dessous

la prévision est
pour une couverture de neige
et paysages
monotones

mes yeux chercheront
pour les pies
qui osent s’aventurer
mes oreilles dressées pour capturer

le bavardage des renards
quand l’obscurité tombe
comme une fois j’ai perçu
le germe de l’amour

dans ses yeux
la douce moue de ses lèvres
comme elle tournait
et est partie

un homme et son chien
traversent le champ vert
les premiers flocons
encore à tomber

vent glacial de l’est
calme silence comme quand
elle a tourné le dos
et est partie

Love in the air

A world tinged with gold
on this winter morning

two robins bounce
up and down

on the garden wall
I know what’s on their minds

Not a single fox about
not a magpie to be seen

just a gentle breeze
sifting through

the dry russet leaves
The worst is over

the best yet to come
—love in the air

John Lyons


Un monde teinté d’or
ce matin d’hiver

deux merles 
rebondissent

sur le mur du jardin
Je sais ce qu’ils pensent

Pas un seul renard
pas une pie à voir

juste une brise douce
qui remue

les feuilles rousses sèches
Le pire est passé

le meilleur encore à venir
—l’amour dans l’air

John Lyons

Paul Éluard – Portable woman

femme-portative
Of solemn effect in solitude

Earthly derision woman
When her heart’s elsewhere

If what I love’s granted to me
I’m saved

If what I love’s taken away
Annihilated
I’m lost

I dislike my dreams but I tell them
And like other people’s when they reveal them to me

Paul Éluard, Les mains libres (1937)

Drawing by Man Ray


FEMME PORTATIVE

D’un effet solennel dans la solitude

Terrestre dérision la femme
Quand son cœur est ailleurs

Si ce que j’aime m’est accordé
Je suis sauvé

Si ce que j’aime se retranche
S’anéantit
Je suis perdu

Je n’aime pas mes rêves mais je les raconte
Et j’aime ceux des autres quand on me les montre

The mirrorless genius – Paul Éluard

The mirrorless genius – Paul Éluard

When will books read themselves without the aid of readers?
            We’ve been through tragic times; floods have drenched our bones, the multiplied blazes of the stars and fires have stripped almost the entire body of its hair. Thunder no longer frightens us, we pry open skulls to release the exquisite crystal and gold spiders whose beauty is ignored by fools. But very cunning is he who was able to see his eye without the aid of a glass, the one who was able to run his eyes over the voluptuous hollow of his neck. We have loved flexible idols who still ignore what charm the arch of their backs can have. Ah! bring on the day when we will smash the mirror, this final window, where our miraculous eyes will be able to contemplate the marvels of the brain.

1924

Translation by John Lyons


Le génie sans miroir

Quand les livres se liront-ils d’eux-mêmes sans le secours de lecteurs.
            Nous avons traversé de tragiques périodes; les déluges ont détrempé nos os, les feux multipliés des astres et des incendies ont fait la calvitie sur la presque totalité de notre corps. Le tonnerre ne nous effraie plus, nous ouvrons les crânes pour en faire s’échapper les belles araignées de cristal et d’or dont les sots ignorent la beauté. Mais bien malin celui qui a pu voir son œil sans le secours d’une vitre, celui qui a pu promener son regard sur le creux voluptueux de sa nuque. Nous avons aimé des idoles flexibles qui ignorent toujours quel charme peut avoir la cambrure de leurs reins. Ah ! vienne le jour où nous briserons le miroir, cette dernière fenêtre, où nos yeux miraculeux pourront contempler le merveilleux cérébral.