Love in the air

A world tinged with gold
on this winter morning

two robins bounce
up and down

on the garden wall
I know what’s on their minds

Not a single fox about
not a magpie to be seen

just a gentle breeze
sifting through

the dry russet leaves
The worst is over

the best yet to come
—love in the air

John Lyons


Un monde teinté d’or
ce matin d’hiver

deux merles 
rebondissent

sur le mur du jardin
Je sais ce qu’ils pensent

Pas un seul renard
pas une pie à voir

juste une brise douce
qui remue

les feuilles rousses sèches
Le pire est passé

le meilleur encore à venir
—l’amour dans l’air

John Lyons

Paul Éluard – Portable woman

femme-portative
Of solemn effect in solitude

Earthly derision woman
When her heart’s elsewhere

If what I love’s granted to me
I’m saved

If what I love’s taken away
Annihilated
I’m lost

I dislike my dreams but I tell them
And like other people’s when they reveal them to me

Paul Éluard, Les mains libres (1937)

Drawing by Man Ray


FEMME PORTATIVE

D’un effet solennel dans la solitude

Terrestre dérision la femme
Quand son cœur est ailleurs

Si ce que j’aime m’est accordé
Je suis sauvé

Si ce que j’aime se retranche
S’anéantit
Je suis perdu

Je n’aime pas mes rêves mais je les raconte
Et j’aime ceux des autres quand on me les montre

The mirrorless genius – Paul Éluard

The mirrorless genius – Paul Éluard

When will books read themselves without the aid of readers?
            We’ve been through tragic times; floods have drenched our bones, the multiplied blazes of the stars and fires have stripped almost the entire body of its hair. Thunder no longer frightens us, we pry open skulls to release the exquisite crystal and gold spiders whose beauty is ignored by fools. But very cunning is he who was able to see his eye without the aid of a glass, the one who was able to run his eyes over the voluptuous hollow of his neck. We have loved flexible idols who still ignore what charm the arch of their backs can have. Ah! bring on the day when we will smash the mirror, this final window, where our miraculous eyes will be able to contemplate the marvels of the brain.

1924

Translation by John Lyons


Le génie sans miroir

Quand les livres se liront-ils d’eux-mêmes sans le secours de lecteurs.
            Nous avons traversé de tragiques périodes; les déluges ont détrempé nos os, les feux multipliés des astres et des incendies ont fait la calvitie sur la presque totalité de notre corps. Le tonnerre ne nous effraie plus, nous ouvrons les crânes pour en faire s’échapper les belles araignées de cristal et d’or dont les sots ignorent la beauté. Mais bien malin celui qui a pu voir son œil sans le secours d’une vitre, celui qui a pu promener son regard sur le creux voluptueux de sa nuque. Nous avons aimé des idoles flexibles qui ignorent toujours quel charme peut avoir la cambrure de leurs reins. Ah ! vienne le jour où nous briserons le miroir, cette dernière fenêtre, où nos yeux miraculeux pourront contempler le merveilleux cérébral.